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Avec avis clients

Vis ma vie de libraire

Comment je choisis les livres de la librairie

« Choisir c’est renoncer », cette citation a pris tout son sens depuis que je dois choisir les livres de la librairie. Entre angoisse de faire le mauvais choix, la peur de passer à côté de la pépite et l’apprentissage du métier, ça fume parfois !

Je suis sûre que lorsque vous allez en librairie, et j’espère aussi dans la mienne, vous ne savez pas où donner de la tête. Vous avez envie de tout prendre, même si vous savez que vous n’arriverez pas en lire le quart. Eh bien, c’était pareil pour moi avant d’être libraire. Alors quand le projet s’est concrétisé, je me suis dit « Chouette ! je vais pouvoir m’éclater, tout prendre tout lire. »

Evidemment, le dur retour à la réalité vous inflige déception et prise de tête. Tout à commencer avec la commande d’implantation. J’étais assez sûre de moi. J’avais bien préparé mon étude de marché, je connaissais mon budget et j’avais une idée très précise de ce que je voulais mettre en avant à la librairie. Alors, y avait plus qu’à… ! Y avait plus qu’à tout reprendre parce que c’est beaucoup plus compliqué que cela.

Les étapes :

  • une étude de marché précise pour savoir quels rayons on va mettre en place et leur proportion
  • le budget, là ça va, les finances ça me connaît. Il faut donc connaître la remise que vous accordera chaque diffuseur pour votre commande d’implantation
  • les catalogues d’éditeurs : là ça se corse, vous devez disposer d’un vaste espace de rangement
  • connaître vos linéaires : il faut que vous ayez suffisamment avancé avec votre architecte, votre menuisier ou autre pour connaitre parfaitement la place dont vous disposerez pour chaque rayon
  • ouvrir votre fichier excel

Ce qui influe sur la constitution du stock :

  • l’identité que vous voulez donner à la librairie : généraliste ou spécialisée, mise en avant de certains rayons, vos choix
  • l’étude de marché : la clientèle potentielle, l’environnement économique et culturel
  • le budget
  • l’actualité éditoriale : les meilleures ventes, les nouveautés, les sujets d’actualité…
  • la concurrence

Ce que j’ai fait :

  1. Je suis partie des chiffres nationaux
    J’ai regardé le poids moyen des ventes de chaque rayon dans les librairies indépendantes et pour chaque rayon je me suis demandée si je voulais de ce rayon, si je voulais le développer ou le minorer
  2. Ensuite, grâce à un plan, j’ai regardé où je voulais implanter chaque rayon. J’ai regardé pour chaque rayon quels linéaires étaient disponibles pour savoir combien de livres commander.
  3. A ce moment-là, j’ai commencé à sélectionner mes livres

A nouveau plusieurs paramètres entrent en ligne de compte pour sélectionner les livres. Pour chaque rayon, j’ai procéder de la même façon :

  • d’abord les titres que je veux, les incontournables pour moi, ceux qui donneront l’identité de la librairie, ceux que j’aime, ce que j’ai envie de faire découvrir à mes clients
  • les meilleures ventes
  • la part de nouveautés et de fonds dans le rayon
  • ensuite on descend les catalogues d’éditeurs et on sélectionne.

Le travail est fastidieux car on choisit titre par titre. Pour chaque titre, les mêmes questions : est-ce cohérent avec l’identité de la librairie ? y a-t-il un lectorat ? fait-il doublon avec un autre titre ? … On fait évoluer régulièrement nos choix, on sélectionne, on retire, on remet… Pour ma part, je voulais partir avec 6000 livres en stock, j’ai donc mis plus d’un mois à faire ma sélection.

Pourquoi ne pas avoir fait appel aux représentants ?
Je voulais faire ce travail moi-même, ne pas être influencée dans mes choix et que la librairie me ressemble. Mais j’ai pris soin de faire valider ma sélection par les représentants surtout pour qu’ils vérifient que je n’avais pas oublié de titres incontournables d’un catalogue.

Avec le recul, le travail a été compliqué, j’ai cru que je n’arriverais pas au bout mais je suis assez fière du résultat et de l’avoir fait seule. En plus, je connais très bien mon fonds et je sais pourquoi tel ou tel titre est là.

La sélection des livres dans le quotidien de libraire.

Si la commande d’assortiment est un gros morceau de la création de la librairie, la gestion de l’assortiment fait partie du quotidien du libraire.

Les rendez-vous avec les représentants pour nous présenter l’office (les nouveautés) et nous aider à travailler notre fonds prend beaucoup de temps, plusieurs heures par semaine. Pour les offices, nous sommes très à l’écoute des représentants car c’est notre seule manière de commander les futures publications.

Pour ce qui est du fonds et des nouveautés déjà sorties, je suis très à l’écoute des médias, des clients mais je vais aussi beaucoup farfouiller dans les catalogues des éditeurs.

Concernant les médias, je fais très attention aux titres dont on attend parler à la télé, à la radio, dans la presse mais aussi sur les réseaux sociaux. Il existe de très bons blogueurs littéraires qui, comme nous, reçoivent des services de presse et donnent leur avis sur des titres récents.

Je n’hésite pas non plus à regarder de près ce que certains clients commandent. Il m’arrive de découvrir de belles pépites et de décider de rentrer certains livres. C’est ainsi que j’ai découvert par exemple Joanna Concejo, merci Sacha !

Enfin, chaque semaine, je vais voir certains catalogues d’éditeurs. Parce que les rendez-vous avec les représentants sont intenses et qu’ils n’ont pas le temps de tout nous présenter, c’est important d’aller découvrir par soi-même le travail de l’éditeur. Ca nous permet en plus de mieux connaître les catalogues et de mieux pouvoir répondre à nos clients. Si un client me demande un roman pour une ado qui parle de féminisme, je vais aller voir dans la catalogue de Talents Hauts, par exemple. On ne peut pas connaître tous les livres mais savoir comment travaille une maison d’éditions nous permet de gagner du temps quand on cherche un livre pour un client.

La constitution et la gestion du stock sont très importantes. Ca reflète l’identité de la librairie, c’est ce qui fidélise le lecteur, ce qui prouve le sérieux du travail réalisé. Ce sont des moments clé à ne surtout pas négliger. Et puis ce sont des moments de plaisir car on découvre des choses qu’on ne connaît pas, des auteurs ou autrices et même si on n’a pas le temps de tout lire, ça nous donne une bonne vision de la création littéraire et ça c’est déjà génial.

J’espère que cet article vous a plu et intéressé. Si vous avez des questions sur cet aspect du métier ou sur un autre, n’hésitez pas à me les communiquer par mail ou en commentaire, je me ferais un plaisir d’y répondre dans un prochain article.

A bientôt à la librairie.

Céline, votre libraire