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Avec avis clients

Le Prix Fémina des lycéens à Valenciennes

C’est une chance incroyable pour une jeune librairie comme la nôtre, nous avons la chance de participer au Prix Fémina des lycées. Cette année nous accompagnons le lycée Mousseron de Denain. La librairie a le plaisir de fournir les livres au lycée et aux élèves mais également d’accueillir deux grandes autrices. Deux belles rencontres qui auront lieu au sein de la librairie au mois de novembre.

On a hâte !  On vous explique tout…

Le Prix Fémina des lycéens, c’est quoi ?

Il a été crée en 2016 à l’initiative du rectorat de Rouen. Il est composé d’un jury de lycéens, seize classes y participent : 12 de l’académie de Normandie, 2 de l’académie de Lille et 2 de l’académie d’Amiens. La sélection de livres est issue des dix premiers listés pour le Prix Fémina du roman.

Le palmarès

  • 2016 : Natacha Appanah pour Tropique de la violence, Gallimard
  • 2017 : Jean-Baptiste Andrea pour Ma Reine, Iconoclaste
  • 2018 : Isabelle Desesquelles pour Je voudrais que la nuit me prenne, Belfond
  • 2019 : Victor Jestin pour La Chaleur, Flammarion
  • 2020 : Laurent Petitmangin pour Ce qu’il faut de nuit, La Manufacture des livres

Les livres sélectionnés cette année

Le lycée Mousseron de Denain au cœur des débats

Ce sont dix-neuf élèves du Lycée Mousseron qui participent aux Prix Femina des Lycéens. Ils sont en Terminale spécialité Humanité, littérature et philosophie et sont accompagnés par leur professeur de lettres, la proviseur et la documentaliste du lycée.  

Si au début, la lecture de dix livres en si peu de temps les a un peu effrayé, ils se sont vite sentis investis d’une mission. Ils ont compris l’importance pour un auteur de recevoir un tel prix, ce qui les a beaucoup responsabilisé et les a motivé dans leur lecture.  

Les élèves lisent à leur rythme. Toutes les trois semaines, un café littéraire est organisé auquel se joignent trois autres professeurs. Ca leur permet d’échanger sur leur lecture, de se motiver et d’exprimer leur ressenti de lecture. Pendant les vacances, ils vont devoir rédiger une chronique littéraire qui leur permettra par la suite de faire des vidéos et des affiches. Grâce à un QR code sur les affiches, l’ensemble des élèves du lycée aura accès à leur avis sur les livres. D’autres affiches avec les couvertures des livres, une bio des auteurs, des citations et leurs avis de lecture, permettent déjà aux autre élèves de connaître leurs coups de cœur et de pouvoir choisir leurs futures lectures.  

Si cette classe est fortement mobilisée, c’est l’ensemble du lycée qui s’intéresse au Prix Fémina et aux livres sélectionnés. Le CDI s’est déjà doté d’un exemplaire de chaque et l’année dernière, avec leur participation au Goncourt des lycéens, les livres avaient été très demandés et lus, donc de bon augure pour les livres du Femina cette année.  

Parmi les participants au prix, certains ont déjà prévu d’acheter pour eux le ou les livres qu’ils ont beaucoup aimés. A priori, certains livres se détachent mais chut…! En bon membres de jury, ils gardent leur verdict pour la délibération. Il nous faudra encore patienter un peu avant de savoir (résultats en décembre).  

En attendant, félicitations à eux pour leur engagement ! 

L’agenda des rencontres : deux autrices

Avec le lycée Mousseron, nous avons choisi de rencontrer Fanny Taillandier et Clara Dupont-Monod. Elles iront rencontrer les élèves dans leur lycée et échangeront avec eux sur leurs romans. Nous aurons le plaisir de les recevoir ensuite à la librairie pour une rencontre et une séance de dédicace. 

Notre programme de rencontres pour
le Prix Fémina des lycéens

Pour réserver vos places : 
– par téléphone 09.88.38.96.00
– par mail : librairie@lesyeuxquipetillent.com 

Pour les animations et rencontres, le pass sanitaire est obligatoire. 

Les livres sélectionnés

Découvrez les deux romans sélectionnés pour le prix et pour lesquels nous recevront les autrices

Clara Dupont-Monod

S'adpater
Paru aux éditions Stock pour la rentrée littéraire 2021

Extrait, le début du roman

Un jour, dans une famille, est né un enfant inadapté. Malgré sa laideur un peu dégradante, ce mot dirait pourtant la réalité d’un corps mou, d’un regard mobile et vide. « Abîmé » serait déplacé, « inachevé » également, tant ces catégories évoquent un objet hors d’usage, bon pour la casse. « Inadapté » suppose précisément que l’enfant existait hors du cadre fonctionnel (une main sert à saisir, des jambes à avancer) et qu’il se tenait, néanmoins, au bord des autres vies, pas complètement intégré à elles mais y prenant part malgré tout, telle l’ombre au coin d’un tableau, à la fois intruse et pourtant volonté du peintre.

Au départ, la famille ne discerna pas le problème. Le bébé était même très beau. La mère recevait des invités venus du village ou des bourgs environnants. Les portières des voitures claquaient, les corps se dépliaient, risquaient quelques pas chaloupés. Pour arriver jusqu’au hameau, il avait fallu rouler sur des routes minuscules et sinueuses. Les estomacs étaient retournés. Certains amis venaient d’une montagne toute proche, mais ici, « proche » ne voulait rien dre. Pour passer d’un endroit à un autre, on devait monter puis redescendre. La montagne imposait son roulis. Dans la cour du hameau, on ses sentait parfois cerné par des vagues énormes, immobiles, mousseuses d’une écume verte. Lorsque le vent se levait et qu’il secouait les arbres, c’était un grondement d’océan. Alors la cour ressemblait à une île protégée des tempêtes

Résumé

C’est l’histoire d’un enfant aux yeux noirs qui flottent, et s’échappent dans le vague, un enfant toujours allongé, aux joues douces et rebondies, aux jambes translucides et veinées de bleu, au filet de voix haut, aux pieds recourbés et au palais creux, un bébé éternel, un enfant inadapté qui trace une frontière invisible entre sa famille et les autres. C’est l’histoire de sa place dans la maison cévenole où il naît, au milieu de la nature puissante et des montagnes protectrices ; de sa place dans la fratrie et dans les enfances bouleversées. Celle de l’aîné qui fusionne avec l’enfant, qui, joue contre joue, attentionné et presque siamois, s’y attache, s’y abandonne et s’y perd. Celle de la cadette, en qui s’implante le dégoût et la colère, le rejet de l’enfant qui aspire la joie de ses parents et l’énergie de l’aîné. Celle du petit dernier qui vit dans l’ombre des fantômes familiaux tout en portant la renaissance d’un présent hors de la mémoire.

Comme dans un conte, les pierres de la cour témoignent. Comme dans les contes, la force vient des enfants, de l’amour fou de l’aîné qui protège, de la cadette révoltée qui rejettera le chagrin pour sauver la famille à la dérive. Du dernier qui saura réconcilier les histoires.

La naissance d’un enfant handicapé racontée par sa fratrie

L’autrice

Clara Dupont-Monod
Rencontre et dédicace le 30 novembre 2021 à 19h à la librairie – Photo d’Olivier Roller

Clara Dupont-Monod a fait des études de lettres, elle a une maîtrise d’ancien français (La Sorbonne). Elle est journaliste, commence chez Cosmopolitain, puis Marianne… Actuellement, elle anime l’émission « Livre et châtiment » sur France Inter le dimanche à 17h qui revisite les grands classiques de la littérature et montre leur modernité.
Elle est directrice littéraire en charge de la non-fiction chez JC Lattès depuis 2019.
S’adapter est son huitième roman. Il est également en lice pour le Prix Goncourt 2021. Avec ce roman, elle vient de remporter le Prix Landerneau des lecteurs 2021.

Fanny Taillandier

Farouches
Paru aux éditions du Seuil pour la rentrée littéraire 2021

Extrait, le début du roman

La silhouette de la femme se découpait à contre-jour sur le paysage de la baie vibrant de soleil. La mer immobile; l’horizon flou. Tout était bleu, vert-jaune et blanc, excepté son cou, ses épaules et son dos légèrement penché vers la gauche, dans la continuité sinueuse de sa nuque qui pivotait lentement sous les cheveux relevés : un corps quasi noir, avec seulement parfois l’éclat de son collier dans un mouvement de tête. Elle semblait scruter quelque chose. 
Mais peut-être que non, peut-être que je l’imaginais seulement. A ses pieds, la bais s’ouvrait en un paresseux demi-cercle, fermé d’un côté par une avancée de terre couverte de forêt, qui plongeait dans la mer en roches blanches et brumeuses, de l’autre par les installations gigantesques de l’ancien chantier naval de Liguria, dont les grues se dressaient dans le lointain. Vers la ville, invisible depuis la colline, les sillons des bateau laissaient dans l’eau de longues traînées blanches. Sur la gauche, ç une centaine de mètres à vol d’oiseau de la maison, une falaise blanche s’avançait, à pic, tranchant par sa netteté avec la brume de chaleur qui s’épaississait au loin. Baya arriva dans le jardin en tenant précautionneusement un plateau sur lequel trônait du rosé dans un seau et une bouteille de Ricard? Ses bracelets frémissaient sur sa peau bronzée, lavée, huilée. Elle le posa sur la table. La femme n’avait pas bougé. 

Résumé

Depuis la villa de Jean et Baya, la Méditerranée scintillante donne à penser que tout est paisible. Mais à l’approche du solstice, la colline où habite le couple est bientôt parcourue de diffuses menaces, à peine perceptibles mais bien réelles : d’invisibles sangliers saccagent les jardins ; des règlements de comptes entre bandes rivales défraient la chronique de Liguria, la ville la plus proche ; une inconnue habite depuis peu la maison vide près de la falaise…

L’autrice

Fanny Taillandier
Rencontre et dédicace le 19 novembre 2021 à 19h à la librairie – Photo de Leslie Moquin

Fanny Taillandier a fait des études de lettres et obtenu son agrégation de lettres. Elle enseigne en lycées. Elle a collaboré à différents journaux dont Livres Hebdo et Mouvement. Elle est passionnée par l’urbanisme qui est souvent présent dans ses romans.
Farouches est son quatrième roman.
Elle a remporté le Prix révélation de la Société des Gens de Lettres, le Prix Fénéon et le Prix Virilo pour Les Etats et empires du lotissement Grand Siècle en 2016.

Les chroniques littéraires des lycéens

Les élèves du Lycée Mousseron de Denain vous propose leur retour de lecture. Découvrez ce que ces jeunes lecteurs ont pensé des livres sélectionnés.

Sur les traces du passé d’une famille juive : La Carte Postale, Anne Berest, Grasset

La carte postale

La Carte Postale écrit par Anne Berest qui est tiré d’une histoire vraie, est un récit historique qui a été édité en 2021 par Grasset.

En 2003, Lélia, la mère de l’auteur, reçoit une étrange carte postale. Anonyme, elle ne comporte que les prénoms de quatre membres de la famille, morts à Auschwitz en 1942. Près de vingt ans plus tard, Anne Berest se met en tête de découvrir qui a bien pu envoyer ce message mystérieux. Son enquête va lui faire déterrer un siècle d’histoire familiale, depuis la fuite de Russie des Rabinovitch, en passant par la Lettonie et par la Palestine, jusqu’à leur installation à Paris et l’horreur qui les y attendait pendant la seconde guerre mondiale. La grand-mère de l’auteur, Myriam, fut la seule à échapper au terrible destin de la famille entière. Elle a laissé à sa fille et à sa petite-fille le terrible poids d’un silence étourdissant.

J’ai beaucoup aimé ce livre, notamment le parcours de la famille à travers l’Europe, leur facilité à trouver du réconfort les uns avec les autres, leurs convictions, leurs états d’esprit, leur complicité. Et l’impossibilité à imaginer l’inimaginable, quand on s’est intégré dans l’histoire. Pour moi l’intérêt du livre permet de faire réfléchir. L’histoire procure des émotions. Elle nous rappelle des événements vécus et démontre que cela existe encore dans notre monde actuel. Nous pensions connaître beaucoup, or ce récit vient montrer que l’histoire de chaque famille est si singulière. Nous connaissons tous ces événements historiques et pourtant y voir évoluer des personnages de roman ou ici des personnes réelles renouvelle à chaque fois leur caractère tragique. Le souhait de voir aboutir cette quête nous plonge directement dans le roman. 

C’est un roman très touchant qui nous donne envie de rencontrer l’auteur et d’en apprendre plus sur son parcours. Chers lecteurs, je vous encourage fortement à lire ce livre.

Wywijas Fanny, Terminale D

Le Fils de l’homme, de Jean Baptiste DEL AMO, Gallimard

Le fils de l'homme

Jean Baptiste DEL AMO, écrivain français originaire de Toulouse, a fait paraître son nouveau roman le 19 août 2021 aux éditions Gallimard : Le Fils de l’homme.

Après Règne animal (2016), traitant déjà de la violence au sein des familles, Del Amo écrit « sur la transmission de la violence » de pères en fils. Ce roman sombre mettant en scène la folie d’un père revenu vivre auprès de sa famille après avoir disparu pendant plusieurs années, se déroule dans la nature, « aux Roches », la maison délabrée perdue au fond des bois et de la montagne où il a lui-même grandi avec son père fou retrouvé mort récemment. Il y emmène sa femme et son fils, décidé de se donner une nouvelle chance.

Tout au long de l’histoire on apprend le passé douloureux de cette famille par le biais de plusieurs analepses qui peuvent rendre la compréhension du livre difficile. Bien que très pessimiste, sombre et assez difficile à comprendre par ces « flash-backs » et le vocabulaire complexe, il s’agit d’un livre très intéressant dont le suspens insoutenable donnera envie au lecteur de rapidement finir le livre pour connaître le fin mot de l’histoire. En effet, au fil des pages, on sent qu’un danger plane sur cette famille et l’on voit le père devenir agressif et sombrer progressivement dans la folie  : « Durant un instant qui paraît au fils étrangement long, le père garde le poignet serré dans sa main et la mère finit par se dégager d’une torsion du bras ». 

Pour ces raisons, je recommande ce livre qui se lit comme un thriller et qui, malgré la longueur de certains passages, tiendra en haleine le lecteur jusqu’aux dernières pages du livre, jusqu’à la fin dramatique.

Louis MAJCHRZAK TB

Unies pour une liberté méritée… : Le rire des déesses, Ananda Dévi, Grasset

Le rire des déesses

Après avoir conquis un grand nombre d’entre nous avec ses précédents romans tels que Manger l’autre ou encore Le Sari vert, Ananda Dévi nous immerge une nouvelle fois dans son univers tant violent que touchant avec son fabuleux roman intitulé Le rire des Déesses, édité en 2021 par Bernard Grasset Paris. Dans celui-ci, se mêlent révolte et amour au cœur d’une société indienne dans laquelle la domination masculine freine la liberté des femmes en particulier celle des transgenres et prostituées dont la vie est un réel combat chaque jour, qu’elles décident de mener dans un quartier pauvre et sale du pays: la Ruelle, dans laquelle se côtoient aussi bien la laideur des rats que la splendeur des fleurs fraîches livrées chaque matin au même titre que l’odeur du lait maternel des prostituées et les effluves du sexe de leurs clients. Vous l’aurez compris, Ananda Dévi s’assure de peindre une réalité poignante dans un style d’écriture à couper le souffle, laissant apparaître des mots assez crus sublimés par une plume poétique qui empêche de sombrer dans une vulgarité qui pourrait être bien trop choquante pour qu’on ait envie de continuer la lecture. Mais cette écrivaine a su parfaitement trouver les mots justes pour attiser une richesse d’émotions en nous, passant par la colère, la tristesse, la compassion, la joie : tout ça en une fraction de seconde. Elle maîtrise la langue française merveilleusement bien, sans pour autant nous livrer des termes trop compliqués qui deviendraient lassants à force de se creuser la tête pour y trouver un sens. Ici les mots sont simples, mais beaux. S’appuyant sur des faits réels que cette ethnologue mauricienne a pu découvrir en se rendant, le temps d’une journée, dans le quartier de Kalighat dans lequel elle a vite ressenti un choc lorsqu’elle a vu des myriades de prostituées suivre les pèlerinages religieux afin de satisfaire les pulsions sexuelles des pèlerins bien plus conséquentes pour parfaire la purification et mieux se concentrer sur la dévotion« Imaginez que leur sexe les trahisse au milieu de la prière, parmi tous les pèlerins. ». A partir de là, cette histoire haletante du début à la fin se penche principalement sur la vie d’une prostituée nommée Veena, de sa fille de 10 ans, Chinti, qui est née d’un viol et de Sadhana, une femme née dans le corps d’un homme dont le cœur est si grand et bienveillant qu’elle n’hésitera pas à prendre cette petite sous son aile en lui offrant l’amour qu’elle n’a jamais reçu de la part de sa mère. La preuve, elle ne lui a jamais donné de prénom car selon elle « survivre ne vous donne guère le temps de vous préoccuper d’amour », c’est donc la jeune fille elle-même qui se baptisera « Chinti », autrement dit «fourmi» en hindi.

Les « hijras », autre nom pour désigner les femmes transgenres en Inde, sont des femmes incomprises et méprisées par la société remplie d’hommes qui ont peur de l’inconnu et qui considèrent la femme comme un objet à portée de main pour assouvir leur désir d’homme, supérieur aux moments douloureux qu’ils font subir aux femmes, lesquelles sont ignorées et sont réduites à se taire, n ‘ayant pas le droit de se plaindre. D’ailleurs la narratrice de ce roman est Sadhana, l’une des hijras, une femme à qui on porte une attache particulière grâce sa personnalité tant courageuse que loyale, elle déploie ainsi un exemple à suivre que Ananda se plaît à mettre en lumière en lui donnant la parole maintes et maintes fois afin qu’on la découvre davantage et qu’on connaisse ses différents points de vue sur ce qu’il se passe, ainsi il en vient naturel que nous adoptions un esprit critique face à ces différentes scènes qui se produisent , dont la particularité est qu’elles sont toutes aussi poignantes les unes que les autres et cela nous permet surtout de réaliser qu’il ne faut jamais cesser de lutter contre ces inégalités présentes non seulement en Inde mais également dans le reste du monde à savoir la transphobie, le sexisme, le viol et la pédophilie. C’est pour cette raison que ce roman est d’autant plus intéressant, il incite chacun à se hisser jusqu’à la cime du pouvoir, là où fourmillent impuissants et impunis et leur opposer une marée d’âmes pleines de colère à travers un cortège de femmes soudées qui sont prêtes à faire entendre leurs voix et prouver que ce sont des guerrières à qui on doit un véritable respect, au même titre que celui qu’on donne aux hommes en se transformant en une armée furtive pour sauver le symbole de leur liberté : en l’occurrence le leur est l’enfant, Chinti qui est adorée par les femmes de la ruelle, lesquelles veulent lui empêcher à tout prix un avenir comme le leur. Et justement, l’ordre patriarcal et déshumanisé que Ananda Dévi tient tant à nous alléguer, prend corps dans le personnage de Shivnath qui, dans une ultime prédation, veut s’approprier le corps des enfants après avoir abusé de celui des femmes « encore maintenant, alors qu’il est en plein milieu d’un prêche , une part de son cerveau continue de penser à elle, et son corps réagit aussitôt », profitant de la crédulité de la petite Chinti qui se sent renaître dès qu’elle reçoit une extraordinaire attention de sa part, lequel la place au statut de déesse et la fait vivre comme telle lorsqu’il décide de la prendre à sa mère pour l’amener dans son palais et s’occuper d’elle de la manière qu’il le désire. De cette façon la religion qui occupe une place prépondérante dans ce pays, est remise en question face à cette inhumanité absolue renforcée par une écriture imagée et les odeurs qu’elle dégage qui nous permettent de nous représenter la réelle situation des femmes tout en ressentant les émotions de chaque personnage et découvrir la culture indienne qui est bien moins médiatisée que d’autres et donc nous cultive, je trouve cela très intéressant bien que celle-ci soit loin d’être angélique comme le prouve cette citation «Imaginez un seul instant que cette déesse toute puissance se manifeste à chaque fois que les femmes sont abusées des mille façons inventées dans ce pays d’excès et de dérives, dans ce pays où l’homme est la seule vraie religion et les femmes ses adoratrices subjuguées!». Si j’ai beaucoup aimé les différents thèmes abordés, j’ai particulièrement apprécié le fait que Veena se rende compte qu’elle aime sa fille et que c’est la meilleure chose qui lui soit arrivée, elle est le seul bonheur que la vie lui a réservé alors il est inutile qu’elle continue de la rejeter. L’amour c’est beau, ressentir des sentiments c’est magique et s’entraider c’est le synonyme de liberté : elle réalise donc qu’il est important de se remettre en question, c’est cet aspect là que je trouve également marquant sachant que pour beaucoup, il est difficile de montrer à quelqu’un qu’on l’aime. J’aimerais pour finir, saluer le magnifique titre attribué à ce roman qui réunit en une seule phrase les différents sujets que cachent l’histoire et la beauté de celle-ci « oh ce rire ! c’est lui qui les reconstruit et les rassemble, ce rire de la colère et de la nuit, des rêves détruits et des espoirs amputés : il est leur seul pouvoir ».

C’est pour toutes ces raisons que j’alloue la note de 4 étoiles sur 5 à ce roman.

Je vous encourage donc toutes et tous à vous joindre à moi pour ressentir les émotions bouleversantes, colériques mais aussi joyeuses que dégagent ce roman qui résonne comme un véritable cri de guerre !

Unger Léonie, 8 novembre 2021.

Les enfants de Cadillac, François Noudelmann, Gallimard

Les enfants de cadillac


Paru en août 2021, Les enfants de Cadillac, écrit par le philosophe et professeur français du nom de François Noudelmann, est un roman édité par les Editions Gallimard, qui demeure aujourd’hui le seul et l’unique parmi toutes les œuvres créées par l’auteur.  

Dépeignant la quête familiale de l’écrivain, ce livre va revenir sur les combats admirables de son grand-père ainsi que de se son père durant les guerres mondiales, qui étant juifs, vont tout tenter pour rejeter leurs racines, dans le but de fuir l’antisémitisme ancré dans la société, mais avant tout, afin d’être reconnu comme de véritables Français, combattant fièrement en l’honneur de leur nation. Ce livre résonne ainsi comme un hommage pour sa famille, une histoire transmise au monde de la lecture dans l’intention de faire connaître le nom des «Noudelmann», qui régnait autrefois parmi les noms inconnus des guerres, et qui n’avait pas pu bénéficier des honneurs que méritent les soldats qui, par leur dévouement à leur pays, ont perdu la vie à la guerre, mais aussi à cause de celle-ci.  Leur judéité constitue la simple raison qui a justifié cette absence de commémoration durant toutes ces années. C’est ainsi que François Noudelmann, à travers le destin de ses ascendants, va questionner sa propre histoire, ses origines juives ainsi que sa propre identité, et va se pencher sur la question de : comment se construire avec une telle histoire familiale ?

Un roman mettant en avant des liens familiaux compliqués, l’indépendance de chacun et la reproduction, dans les trois générations, du recommencement au début, sans racines. La mise en évidence du questionnement de la judéité est présente tout au long du livre, questionnement qui va avoir un impact dans le rapport au monde ainsi que dans le rapport avec soi-même. François Noudelmann, portant les origines juives offertes par sa généalogie, mais demeurant non pratiquant, va chercher à comprendre le ressentiment de son père à l’égard de son propre père, les raisons de son renfermement sur lui-même, et va aspirer à rendre à sa famille, ses véritables racines malgré l’effacement des origines. Dénonçant également les atrocités des guerres, tant dans la violence des combats, les massacres ainsi que les conditions de vie, mais aussi l’injustice qui régnait envers les Juifs, qui ont vécu les guerres mondiales d’une façon bien plus épouvantable que les autres, cette histoire démontre que malgré le chaos, il y a toujours de l’espoir, de l’amour, de la solidarité, des moments de joies et de plaisirs. De plus, une certaine devise va être apportée à travers les épopées des Noudelmann, d’autant plus dans celles du père : celle dans laquelle l’aventure et le risque sont les inspirations de la liberté, une devise mise en évidence notamment à travers cette citation du livre « La liberté tant célébrée n’existe qu’au péril de l’existence ». Les enfants de Cadillac forme ainsi un livre palpitant, un témoignage indispensable, qui nous porte dans les évènements qui ont marqué l’histoire, et cela grâce à son authenticité,  l’adrénaline qui se dégage des péripéties racontées, les nombreux détails des instants vécus par les personnages, leurs sentiments qui nous incitent à se dresser à la place des soldats mais avant tout des Juifs, à imaginer l’enfer qu’ils ont vécu, mais aussi leur enfer personnel qui va se construire et les ronger après cela. Ce récit constitue une magnifique aspiration à l’affranchissement, une prise de conscience sur la très grande injustice qui a régné et qui règne toujours, sur les complications d’un amour familial mais qui reste véritable, c’est une histoire prenante, touchante et très intéressante. De mon point de vue personnel, j’ai beaucoup aimé me plonger dans la lecture de ce livre, c’est un bond dans le passé nous permettant d’en apprendre énormément sur l’histoire de cette famille, qui injustement, a été traitée à « l’image » de son origine juive qui demeurait médiocre à cette époque, cela suscite une grande peine, une impuissance à la lecture et à l’accompagnement des Noudelmann tout au long de leur chemin semé d’embûches, du commencement, à son terme. Mais le parcours du dernier Noudelmann, en l’occurrence la vie de François Noudelamann laisse un goût de victoire : étant le dernier Juif de sa famille, il va vivre la vie à laquelle ses ascendants ont toujours aspiré, et cela en l’honneur de son père et de son grand-père, il va vivre la vie d’un Français. L’auteur va également immortaliser le nom de sa famille et le véritable combat qu’ont menés son grand-père ainsi que son père d’être juif dans un monde indigne, son livre va ainsi devenir le véritable Hommage qu’auraient dû recevoir les Noudelmann depuis toujours.

Lecteurs, Lectrices, je ne peux que vous encourager à partir, aux côtés de François Noudelmann, à la conquête de son histoire familiale, et à vivre chaque parcelle captivante des Enfants de Cadillac.

Margot MULLER

Le destin d’une fratrie des Cévennes : S’adapter, Clara Dupont-Monod, Stock

S'adapter

Clara Dupont – Monod a récemment écrit un roman qui s’intitule « S’adapter ». Ce roman fictif a été publié en août 2021 aux éditions Stock. L’écrivaine française est aussi journaliste et éditrice, celle-ci a le mérite d’avoir remporté le prix Femina 2021. Apres avoir fait de grandes études de lettres à la Sorbonne, elle débute sa carrière en tant que journaliste chez le célèbre magazine féminin Cosmopolitan. Puis un peu plus tard, elle devient reporter chez Marianne, et passe quelque fois sur de grandes radios notamment sur RTL, France Culture ou encore Canal +. Sa passion pour les lettres ne l’a pas vraiment quittée, étant donné qu’elle a édité son premier roman : Eova luciole en 1998 suivi par de nombreux romans tels que Le corps froid, Histoire d’une prostituée et La passion selon Juette. 

Le roman «S’adapter » peut, au premier abord, susciter de nombreux questionnements, de par sa première de couverture. En effet, la couverture du roman est assez trompeuse car on y retrouve quelques feuilles qui font certainement référence à la nature prisonnière d’un mur de pierres. On pourrait donc croire que la nature sera au cœur du roman. Quant au titre, « S’adapter » il peut parfaitement correspondre à l’adaptation de la nature vis à vis des Hommes ou à l’adaptation des Hommes face à la nature. Cependant, les apparences sont parfois trompeuses, on en a la preuve concrète avec ce roman. En effet, «S’adapter »de Clara Dupont- Monod nous raconte l’arrivée d’un enfant handicapé dans une famille. Cette naissance déséquilibre une famille sans soucis. Pourtant, les médecins n’ont annoncé aucune anomalie aussi bien lors de la grossesse de la mère qu’à la naissance de l’enfant. D’ailleurs, c’est seulement quelque temps après que les parents se sont interrogés sur la santé de leur l’enfant, à ce moment-là ils découvrent qu’il est aveugle, qu’il ne pourra ni marcher et ni parler. Malheureusement, en plus de ce handicap les médecins ont un pronostic vital très peu encourageant. Le roman est décomposé en trois parties. Chaque partie fait référence à l’adaptation de la fratrie. D’abord l’aîné, qui semble accepter son petit frère en étant protecteur et fusionnel avec lui. Puis, pour la cadette c’est totalement différent, elle est partagée entre colère et jalousie car elle prend ça pour une injustice et elle a honte de son petit frère car elle ne veut plus que ses amies la voient avec un frère handicapé. Une jalousie fondée sur l’attention que son petit frère handicapé demande à sa famille. Enfin, la dernière partie du roman est racontée par le dernier de la famille. Le thème qui prend le monopole du roman c’est le handicap mais si on s’interroge de plus près Clara Dupont-Monod évoque d’autres thèmes notamment avec la différence qui mène à l’adaptation et les relations fraternelles.

J’ai beaucoup aimé ce livre car Clara Dupont-Monod a su raconter son histoire à la perfection. Les réactions très réalistes de chaque membre de la famille sont à couper le souffle. Entre tristesse compassion, et admiration, l’écrivaine a apporté au roman de la lumière dans l’obscurité. En effet, les deux premiers chapitres sont très poignants et procurent énormément de tristesse mais le dernier chapitre apporte de la lumière à cette histoire riche en émotions et donne finalement une impression de soulagement, de fin aux calvaires endurés. Puis, j’ai particulièrement aimé ce livre car ce sont les pierres qui racontent l’histoire. La nature ne juge pas cette famille remplie de détresse et leur apporte énormément de soutien car elle leur permet de se ressourcer dans les choses simples et surtout merveilleuses de la vie. Enfin ce roman m’a conquise car à travers la cadette qui n’éprouve aucune compassion pour son frère handicapé on peut et je dirais même qu’on se doit de réfléchir, de s’intéresser et de réagir aux injustices que les personnes handicapées peuvent recevoir. Enfin j’ai trouvé que ce roman était d’une délicatesse exceptionnelle : le roman a des aspects de conte, de par les pierres qui racontent l’histoire. Je vous conseille sincèrement ce roman. Que vous soyez passionné par la littérature ou non, Clara Dupont Monod a la capacité de captiver tout type de personnes. C’est un roman qui coûte 18 euros alors certains pourront penser que c’est un peu élevé pour 200 pages contrairement à un livre classique de la littérature française que l’on peut retrouver mais ce roman en vaut totalement le prix. Si je devais lui attribuer une note je lui donnerais un 5/5 car c’est la seule romancière qui m’a fait vivre les moments comme ils étaient décrits dans le livre. J’ai ressenti beaucoup d’émotions, des émotions toutes différentes mais tellement intenses. Je n’aurais jamais pensé qu’un roman puisse avoir autant d’emprise sur un lecteur. Et je n’aurais jamais cru aimer un livre qui ne fait pas partie des classiques de la littérature française. Entre tristesse, admiration et compassion, Clara Dupont Monod a su conquérir mon attention mais surtout mes émotions.

Comme le célèbre auteur Victor Hugo disait : «Lire c’est voyager et voyager c’est lire »

Alors je serais ravie de contribuer à votre beau voyage culturel, riche en émotions !

Manssouri Ines

Nous vous espérons nombreux.ses pour ces deux belles rencontres. Pensez à réserver vos places. En attendant, vous pouvez retrouver les livres de Clara Dupont-Monod et de Fanny Taillandier sur nos tables et notre boutique en ligne, ainsi que tous les livres de la sélection du Femina.

A bientôt à la librairie.

Céline, votre libraire