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Avec avis clients

« Il s’imaginait ce que ça donnerait si chacune de ces voix avait l’occasion d’être entendue encore une fois. Évidemment elles parleraient de la vie. Il se disait que l’homme n’était peut-être en mesure d’évaluer définitivement sa vie qu’après cette débarrassé de sa mort. »

Et si pour connaître les secrets d’une ville, son histoire, son âme, il fallait écouter ses morts ? Le dernier roman de Robert Seethaler est une ode à la vie et à l’esprit de communauté qui lie, dans la joie ou pas, les habitants d’une même ville. 

Quelle idée, me direz-vous ? Faire parler les morts. Avec son immense talent de romancier, l’auteur nous plonge dans les tombes des habitants de la petite ville de Paulstadt en Allemagne pour écouter, comme un testament, leurs dernières paroles. Mais pas n’importe quelle parole, ils nous racontent leur vie dans cette ville. Ce qui a fait leurs joies et leurs peines, quels sont les codes et les usages de leur commune. Les voix se mélangent et se contredisent, celle du maire, de l’épicier, celle d’un mari et celle d’une femme… À travers leurs voix, c’est la vie qu’il nous conte. Les événements qui la composent, les rencontres qu’on fait, nos émotions et nos réactions. On est touché par la sincérité de leur propos, même ceux déplaisants, comme si la mort permettait aux gens de prendre du recul sur leur vie et de la décrire sereinement avec ses hauts et ses bas, avec ses instants de bonheur et ses drames. 

Comme souvent avec les romans de Robert Seethaler, le cœur se serre, les lèvres sourient, les yeux se mouillent, la lecture devient celle de l’homme et de la vie. C’est beau, c’est touchant, c’est troublant. 

« Être la plus vieille n’est pas un exploit et on n’y gagne rien. On meurt exactement à cent cinq ans comme à quatre-vingt-cinq ou à trente-deux, et la rançon d’une si longue vie s’appelle solitude. La mort est la même pour tous. Mais ceux qui se recueillent devant une tombe ne le savent pas encore. J’ai vu beaucoup de tombes, et ce ne fut jamais plaisant. Sauf à la rigueur au printemps, quand on ne connaît pas trop bien le mort, que les arbres sont en fleurs et que les oiseaux chantent. Parfois je m’imaginais que les oiseaux dans les arbres étaient les âmes des morts. Jolie pensée, mais absurde évidemment. »