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Avec avis clients

Un roman québécois qui parle de la vie, de notre image, nos relations avec les autres, de la mort. Une écriture puissante, des personnages très travaillés et auxquels on s’attache avec tendresse. 

Extrait : 

Je suis très vite passée des histoires de petites filles modèles malheureuses de la Comtesse de Ségur à la collection « Le masque fantastique » et aux livres du Fleuve noir, où je suis entrée en contact avec d’innombrables entités monstrueuses. Je ne connaissais rien à la littérature, pas même le mot, dont j’ai dû apprendre la signification quelques années plus tard dans un cours de français au secondaire. Je ne savais pas la valeur des écrits que je choisissais au hasard à la bibliothèque, mais j’étais viscéralement curieuse. Le plus étrange, le moins réaliste, le plus vorace j’étais. J’aimais déjà vivre en travers de réalités parallèles, à demi incarnée dans plusieurs rêves éveillés à la fois. Je plongeais dans l’univers gothique de Dracula le matin pour me projeter la nuit venue dans le futur, quelque part par-delà la six cent douzième galaxie d’un roman de Caroff. J’ai appris en venant au monde à me faire témoin de fictions qui se déroulaient de l’autre côté d’une fenêtre devant laquelle je m’agenouillais avec la même dévotion qu’une religieuse devant l’autel. J’ai passé bien plus de temps à étudier l’évolution de personnages de fiction qu’à observer mes parents. Ma présence au monde a toujours été tournée vers l’extérieur. Vers l’Autre. Cet être en couleurs chatoyantes à la télévision, ce narrateur qui me racontait ses aventures par un agencement de mots mille fois plus riche que les quelques monosyllabes de joual prononcées autour de moi à la maison. Très tôt, j’ai compris que la vie se jouait là, à l’écran. Ou entre les pages d’un livre. Le reste était une corvée à vite expédier pour fréquenter le plus souvent possible des univers improbables captés par une antenne ou imprimés sur du papier.