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Traduit du danois par Inès Jorgense

Une écriture sensible pour un sujet difficile, le suicide

Un roman puissant et glaçant comme son territoire, le Groenland. Avec une écriture sensible et crue, l’autrice nous raconte la vie d’une jeune fille groenlandaise qui aspire à la liberté et pense la trouver dans son départ vers le Danemark. Mais les rêves et la vie se retrouvent rarement.

Une peinture bouleversante de la société groenlandaise et de son territoire, de sa jeunesse et de ses défis.


Extrait :

 » Aanaa préparait des haricots jaunes pour nous deux seulement, parce que mes parents devaient aller à une fête de mariage et ma sœur passer la nuit chez une amie. En attendant, je jouais dans sa chambre, j’ouvrais ses tiroirs et je mettais des vêtements bizarres, pour la faire rire. Elle était assez silencieuse ce jour-là. J’ai mis un chapeau de soleil jaune, une robe à fleurs trop grande qui pendouillait sur moi et d’immenses bottes en caoutchouc noires. Je me suis regardée dans la glace, j’ai mis mes lunettes de soleil en forme de cœur, j’ai ri un peu et je suis descendue à gros pas dans la cuisine. Aanaa avait la tête penchée sur les plaques de cuisson, et je suis restée immobile en attendant qu’elle se retourne. Elle a sursauté de frayeur et posé sa main sur son cœur dès qu’elle m’a vue. J’ai ri hystériquement, et elle a ri un peu avec moi, jusqu’à ce qu’elle voie mes bottes en caoutchouc. Elle s’est précipitée sur moi, s’est penchée et a saisi durement mes jambes.
– Aanaa ! ai-je crié.
– Enlève-les ! Enlève-les ! a-t-elle crié en luttant pour me les retirer.
C’est allé très vite, elle me les a arrachées et les a posées avec soin l’une à côté de l’autre contre le mur. Ses mains tremblaient, pendant qu’elle les déplaçait, encore et encore, pour bien les ranger.
– Aanaa !
– Que diable t’imagines-tu ! Tu ne peux pas comme ça prendre mes affaires !
Elle a saisi mon bras et elle m’a traînée dans le salon. Cela me faisait mal au bras. Mes lunettes de soleil sont tombées, et j’ai commencé à pleurer. J’avais peur d’elle.
– Elles appartenaient à ton oncle ! On ne doit pas jouer avec les affaires des morts ! a-t-elle crié.
– Pardon, ai-je pleuré, pardon.
Elle s’est assise sur le fauteuil et elle a couvert ses yeux avant de commencer à pleurer violemment. C’était la toute première fois que je la voyais comme ça, et je trouvais qu’elle avait de drôles de sanglots. J’ai arrêté de pleurer et je l’ai regardée. Je ne savais pas quoi faire. Soudain elle a cessé, s’est essuyé les yeux et s’est redressée. Elle est venue vers moi et a arrangé mon chapeau de soleil, qui pendait dans mon dos avec le ruban autour de mon cou. Elle a fini de préparer le repas et nous nous sommes assises à la table, elle m’a donné de la limonade et nous avons mangé les haricots jaunes en silence. Nous n’en avons jamais reparlé. »

Retrouvez le livre sur les tables de la librairie ou directement sur la boutique en ligne ici

Belle lecture ! Et n’hésitez pas à nous faire votre retour de lecture en commentaires.

Céline, votre libraire